Les manifestations de la faim se multiplient dans le monde. Pour les quelque 1 milliard de personnes qui vivent avec moins de 1 dollar par jour, la survie est de plus en plus difficile. Ceux qui en ont encore la force manifestent, l'estomac tiraillé par la faim et la colère. A Haïti, comme en Egypte, en Malaisie ou au Bangladesh, les émeutes de la faim sont réprimées dans le sang.

Cette crise pourrait provoquer une cascade d'autres crises. Washington l'a bien compris, et a débloqué en urgence une enveloppe de 200 millions de dollars pour les pays "en voie de développement". L'instabilité mondiale a même provoqué une ruée sur le riz-au coeur même du pays le plus riche du monde- chez Costco, le plus grand grossiste alimentaire américain. Costco a dû imposer des rationnements et limiter à 2 le nombre de paquets de riz par consommateur.

Dans les pays développés, à commencer par la France, c'est le pouvoir d'achat qui est au coeur des préoccupations. Les consommateurs sont de plus en plus inquiets du prix de leur chariot, qui n'a cessé d'augmenter avec l'envolée du prix des céréales. Si aujourd'hui l'alimentation représente une part importante du budget total des ménages défavorisés, à partir de quel seuil ces ménages devront descendre dans la rue en tapant sur des casseroles comme cela s'est passé en Argentine ? Quand les ventres sont vides, l'instabilité sociale est à son paroxysme.

L'ère de l'alimentation bon marché est-elle finie ?

En France, l'alimentation occupe une position spécifique chez les ménages défavorisés par son importance dans le budget total : 22% pour les ménages en-dessous du seuil monétaire de pauvreté (732 euros mensuels par ménage en 2000), 24% pour les ménages dans lesquels le niveau d'études est inférieur au Certificat d'études primaires contre 18% en moyenne nationale (chiffres INRA). Selon la Banque Mondiale, les habitants des pays en développement dépensent de 50 à 70 % de leur budget en nourriture.

Le London Times pose une question similaire : "Combien coûtera un panier de courses dans 10 ans ?" Difficile de répondre précisément, mais en cette période extraordinaire où se conjuguent le pétrole et des engrais de plus en plus chers, et la spéculation sur l'alimentation, rien n'incite à l'optimisme. De quoi remettre Malthus au goût du jour.